Panoramium Sanatorium

Panoramium Sanatorium

Pays:   FRANCE

Type:   Sanatorium

Aujourd’hui direction un ancien sanatorium abandonné au cœur d’un immense site forestier.

Mais au fait, un sanatorium, qu’est-ce que c’est ? Pour faire bref, c’est un établissement médical où résidaient les malades de la tuberculose. A ce propos, la tuberculose, c’est quoi ?

Histoire de la tuberculose et des sanatoriums

La tuberculose est une maladie pulmonaire extrêmement ancienne, dont l’origine remonterait à l’apparition de l’espèce humaine. Infectieuse, c’est-à-dire causée par la propagation d’une bactérie dans l’organisme, elle a traversé les siècles et les époques, non sans conséquence sur la santé humaine, avant qu’un traitement vraiment efficace ne soit trouvé pour la curer définitivement.

Du Moyen-âge à la découverte du bacille en 1882

Au Moyen-âge déjà, alors même que la bactérie responsable de son apparition et sa manière de se propager dans l’organisme sont inconnues, on tente d’atténuer ses effets sur la santé en recommandant des traitements à l’arsenic ou au lait.
A la Renaissance par la suite, on se met à préconiser du lait de femme, plus riche en principe actif paraît-il.
Vient ensuite le XVIe siècle et l’essor des établissements thermaux : des centaines de patients y sont envoyés pour recevoir divers soins aux eaux minérales. En vain !
Au XVIIe et au XVIIIe c’est la mode des médicaments plus sophistiqués : les médecins prescrivent des vomitifs, du soufre, de l’opium et de la chaux. A cette époque, on ne connaît toujours pas la cause exacte de la maladie et tous ces traitements sont davantage voués à atténuer ses effets qu’à la curer réellement.
Il faut attendre 1882 avant qu’un brillant médecin allemand, Robert Koch, ne parvienne, à l’aide de travaux de Louis Pasteur, à isoler la fameuse bactérie responsable de la maladie : on la nommera plus tard « bacille de Koch ».

Du bacille de Koch aux premiers sanatoriums
Dès lors les recherches de traitement s’intensifient et s’améliorent : on sait enfin où chercher ! L’acharnement thérapeutique qui était de mise jusqu’à cette date laisse alors place à un traitement à base de repos, de régime, de soleil et de cure d’air frais. C’est à cette période qu’apparaissent, en Allemagne nos fameux sanatoriums !

Vastes bâtiments voués à accueillir les tuberculeux, ils sont construits dans des lieux isolés, en forêt, en montagne ou au bord de la mer, loin de la pollution et du tumulte des villes (la tuberculose étant très contagieuse). La singularité du traitement de la maladie impose à l’époque de lourdes contraintes sur l’architecture de ces centres, et empêche la reconversion des cliniques et hôpitaux standards en Sanatorium. Des dizaines sont bâtis en Allemagne, puis en France et en Belgique, et la Grande Guerre en accélère le programme de construction en Europe.

Spécificités des sanatoriums
D’une région à une autre, d’un pays à un autre, tous partagent un aménagement intérieur similaire : des couloirs en enfilade sur plusieurs centaines de mètres de long, des chambres bordées de lumières ouvertes sur l’extérieur par de très hautes et larges fenêtres, des balcons individuels ou collectifs pour les cures d’air, des salles d’eau et/ou bassins pour les cures thermales etc… D’autres spécificités propres à chaque établissement se développent à leur tour et complètent les installations de base : des toits plats aménagés en terrasses panoramiques, des rotondes et kiosques extérieurs, des amphithéâtres de plein air etc… Des bâtiments annexes sont même imaginés pour accueillir les patients présentant les premiers symptômes de la tuberculose mais n’étant pas encore formellement porteur de la maladie : ce sont les Préventorium.
Certes particulièrement fonctionnels, les Sanatoriums ne se démarquent durant cette période généralement pas par une architecture particulièrement belle : le gros œuvre est réalisé en béton la plupart du temps, les murs et toitures sont bâtis à la corde, et ce sans effort particulier pour l’esthétique générale du bâtiment. Au vu du nombre de malades à soigner à l’époque, on pardonnera toutefois les pouvoirs publics d’avoir eu une autre priorité que celle-ci !

Malgré un fort développement et quelques résultats encourageants, le bilan de ces établissements apparaît mitigé, et pour cause : beaucoup de patients continuent de mourir de la tuberculose.

Des travaux de Waksman au remède de 1950
La situation prend un tournant historique lorsqu’en 1947, un biologiste Ukrainien, Selman Waksman, met au point le premier médicament pour guérir enfin la maladie : la streptomycine. Si plusieurs malades sont miraculeusement guéris grâce à ce remède, il s’avère cependant trop juste pour d’autres, le bacille de Koch étant particulièrement puissant et virulent.

Il est heureusement épaulé en 1950 par deux nouveaux médicaments : l’isoniazide et l’acide para aminosalycilique. 1950, année historique ! Le remède de la tuberculose est trouvé, et elle peut enfin être entièrement soignée ! C’est également cette année-là qu’est mis au point et rendu obligatoire le tout premier vaccin contre la tuberculose, le BCG (vaccin billé Calmette-Guérin), développé par les bactériologistes français Albert Calmette et Camille Guérin

Le déclin des sanatoriums après les années 50

Coup de théâtre pour les malades, cette date marque toutefois un coup de grâce pour les sanatoriums, qui deviennent alors inutiles. Le programme de construction s’arrête, beaucoup d’établissements ferment ! Du fait de leur architecture et de leurs aménagements trop particuliers et contraignants, il est difficile et trop cher de les réhabiliter et/ou de les transformer, ce qui explique qu’un grand nombre d’entre eux sombrent rapidement dans l’abandon.

Aujourd’hui, si beaucoup d’entre eux sont désaffectés et oubliés des programmes de rénovation, la Tuberculose n’a pour autant pas cessé d’exister : absente de l’Europe mais encore très présente en Afrique Subsaharienne, en Asie et au Moyen-Orient, elle a touché plus de 10 millions de personnes rien que sur l’année 2015, et en a tué 1,5 millions : à titre comparatif, c’est bien plus que le Sida !

Texte: Quentin Pannaud – No Man’s Land-Ubex ©

Ce sanatorium-là, que j’ai nommé « Panoramium Sanatorium » en référence à son incroyable localisation, a été bâti au début des années 1930, au cœur d’une forêt et en amont d’une colline. Complètement isolé, comme c’est la norme pour ce type d’établissement, il offre une vue panoramique impressionnante sur les vallées avoisinantes et les villages aux alentours.

Entièrement fait de béton, le bâtiment, constitué de trois ailes, s’articule en un vaste couloir de plus de 300 mètres de long bordé par des dizaines de chambres, aux capacités de trois ou quatre lits chacune selon la configuration. A son âge d’or, c’est plus de 200 patients qui résidaient ici, pour une capacité maximale de près de 250 lits.

Alors que la façade demeure plutôt simple, l’arrière du bâtiment est quant à lui bordé par un immense balcon protégé par des garde-fous, où les occupants du centre venaient autrefois s’allonger pour recevoir leur cure d’air et de soleil. 

Transformé en maison de retraite dans les années 1960, il a été définitivement abandonné à la fin des années 2000, sa situation géographique restreignant l’attractivité de nouveaux patients et ses installations étant devenues obsolètes compte tenu des normes en vigueur à l’époque.

Aujourd’hui, c’est une coquille vide, un paquebot de béton abandonné au milieu des arbres, une «Concrete Jungle » perdue dans les tréfonds de la campagne française. Ni les lits, ni les appareils médicaux, ni les blouses de médecins ne subsistent, rien n’a survécu au grand ménage de l’année 2009

Plus que notre tête pour nous imaginer de quoi étaient constituées les pièces, de quoi étaient tapissés les couloirs et comment était organisée la vie ici. Au détour des cuisines, des amphithéâtres, et des anciens bassins, quelques fauteuils, appareils et documents nous apparaissent, oubliés des déménageurs.

Quatre ans que je fais de l’Urbex, quatre ans que je visite des lieux abandonnés et il s’agissait déjà de ma quatrième visite de Sanatorium, sans avoir eu à faire des centaines de kilomètres pour autant. C’est vous dire le nombre d’établissements de ce genre qui sommeillent au fin fond de nos régions !

Le « Panoramium Sanatorium » n’est donc pas un cas isolé, et certainement pas le dernier Sanatorium à disparaître de l’actif du patrimoine médical français…

One Reply to “Panoramium Sanatorium”

  1. La taille du bâtiment est angoissante, toute cette surface vide de vie doit être vraiment flippante à visiter !

    Dire que ce fut occupé autrefois par des patients et qu’à ce jour les propriétaires ou encore l’état les laisse à l’état de délabrement…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code