Les oubliées de Paris
Pays: FRANCE
Type: Voitures
L’Avenue Foch, la place de la Bastille, la rue de Rivoli, le boulevard Haussmann. Tant de lieux emblématiques de Paris qui transpirent l’histoire, bouillonnent de culture et vibrent sous l’effervescence des cafés, des restaurants et des bars, pris d’assaut quotidiennement par des vagues de touristes ou de Parisiens amoureux de leur capitale.
Mais “Paname” c’est aussi une ville “qui se met en colère” (Mathieu), “qui chiale sous ses klaxons” (Ferré), pleine de “taxis en maraude qui vous chargent en fraude” (Montand) et de “camions pleins de lait” (Dutronc), qui bourrent les artères déjà pleines de chaque arrondissement.
Et sous ses ruelles bondées et ses théâtres bruyants, se cache à Paris une vie souterraine autrement moins reluisante: des centaines de voitures oubliées six pieds sous terre, entassées dans des parkings souterrains ou des box poussiéreux (lire aussi: Garage Cherokee), et condamnées à l’immobilisme, loin du raffut du monde extérieur.
Pour ça, les parkings Indigo, Q Park and co sont de véritables mines d’or pour les fans de belles bagnoles, anciennes comme de prestige (lire aussi: Another one bites the dust). En déambulant, appareil photo en main, dans plusieurs d’entre eux durant de longs mois, on y a découvert de véritables trésors, parfois méconnus du patrimoine automobile.
De vieilles Citroën, Mercedes et Autobianchi, des Volvo, des Range et des SAAB, de plus prestigieuses Porsche, Jaguar (lire aussi: Jaguar Factory) ou Rolls-Royce. Toutes ont en commun des certificats d’assurance périmés, des pneus crevés jusqu’à la moelle, des carrosseries noyées sous la poussière.
On est aussi tombés sur quelques curiosités, comme ces Mercedes américaines immatriculées dans le Maryland, cette Jaguar XJL enregistrée au Cameroun, cette Volvo 740 dont la plaque renvoie vers celle d’une Volkswagen Golf probablement volée, cette Jaguar X-Type à qui l’on a posé un sabot, et quelques modèles de moins en moins trouvables en seconde main sinon à des prix délirants: Mercedes-Benz 600, Citroën SM, Alfa Romeo Alfasud Sprint
Pour avoir discuté avec plusieurs gardiens, il y a pas mal de raisons qui peuvent expliquer leur état, et surtout leur immobilisme. Dans le cas des voitures anciennes n’ayant pas tourné depuis longtemps (lire aussi: Hangar Hergé) , la remise en état se retrouve, après des années d’immobilisme, trop coûteuse à assumer pour leur propriétaire (ou leurs descendants !), qui jettent l’éponge et les laissent sur place. Pour d’autres, des litiges liés à l’assurance ou une carte grise non conforme peuvent rendre certaines voitures impossibles à revendre ou à déplacer légalement, conduisant, au bout du compte, à la même fatalité.
Cela dit, toutes les places ne sont plus forcément payées, mais la mise en fourrière n’est pas non plus systématique : en théorie, après constat de l’abandon par la police municipale, la mairie doit envoyer un courrier recommandé au propriétaire et lancer une procédure d’enlèvement. Mais dans la pratique, ces démarches prennent du temps et coûtent cher, et c’est d’autant plus vrai si le propriétaire est introuvable. Le coût de l’enlèvement et du stockage étant en outre rarement récupéré par la mairie, il est fréquent que les voitures restent des mois voire des années sans bouger, le temps que la municipalité décide enfin à s’en débarrasser.
Alors, la prochaine fois que vous passerez par un parking parisien, ouvrez bien les yeux et soyez attentifs aux signes: il y aura forcément une ou deux épaves à aller saluer…
Texte et photos: Quentin Pannaud – No Man’s Land-Ubex ©
* Toutes les plaques ont été modifiées *
